Titre complet : Protection des volailles lors des chantiers de dépeuplement en contexte de grippe aviaire
Commanditaire : CNR BEA et EURCAW Poultry-SFA (Centre Européen de Référence pour le Bien-être des volailles et autres petits animaux de ferme)
Date de publication : 02/2025
Contexte de l’expertise
Plusieurs états membres de l’Union européenne continuent de faire face à des épidémies importantes de grippe aviaire hautement pathogène. La grippe aviaire est une maladie hautement contagieuse qui touche les oiseaux sauvages comme les volailles d’élevage. Lorsqu’un cas de grippe aviaire est détecté, les autorités compétentes doivent prendre les mesures nécessaires pour garantir son éradication ou, a minima, limiter sa diffusion. L’une des actions clés consiste à dépeupler l’élevage infecté dans les plus brefs délais pour éviter la propagation de la maladie. En pratique, le caractère urgent du processus de dépeuplement et les éventuelles contraintes logistiques (par exemple, la disponibilité des équipements) peuvent compromettre la protection des oiseaux. Cette problématique est pleinement reconnue par les différents états membres qui ont exprimé en 2022 leur souhait de considérer davantage la protection animale dans leurs procédures opérationnelles de dépeuplement. Pour répondre à ce besoin, le CNR BEA a travaillé en collaboration avec l’EURCAW-Poultry-SFA sur deux livrables majeurs :
- un rapport visant à détailler les procédures opérationnelles des dix méthodes de dépeuplement les plus utilisées en Union européenne en examinant leur efficacité en termes de mise à mort et leurs conséquences sur la protection des volailles
- une hiérarchie imbriquée d’arbres d’aide à la décision pour appuyer les autorités compétentes dans la sélection de la méthode de dépeuplement la plus appropriée du point de vue de la protection animale au regard des différents contextes de dépeuplement rencontrés (c’est-à-dire, selon le type d’espèce touchée, le système d’élevage affecté, et les ressources disponibles)
Les différents livrables de ce projet sont également disponibles sur le site internet de l’EURCAW-PSFA.
Principales conclusions
Principales conclusions du rapport
Gaz en conteneur : Les procédures opérationnelles existantes sont très variées : plusieurs types de conteneurs (ex : sacs de construction, unité de gazage en conteneurs), de méthodes de remplissage du gaz (ex : graduelle ou pré-remplissage) et de mélanges gazeux peuvent être utilisés (ex : CO2 seul, mélange de CO2 avec des gaz inertes). Le choix du meilleur mélange gazeux en termes de protection animale reste encore à déterminer, tout comme les conséquences exactes des différentes méthodes de remplissage du gaz sur la protection animale. Le gaz en conteneur suscite des préoccupations en termes de protection animale puisqu’il requiert le plus souvent de manipuler les volailles, et ne permet pas d’observer le comportement des individus lors de la diffusion du gaz. Il demeure néanmoins efficace pour abattre les animaux.
Gaz en bâtiment : Cette méthode est principalement utilisée sur des troupeaux de grande taille. En pratique, le gaz est généralement diffusé dans l’intégralité du bâtiment en utilisant le plus souvent du CO2 pur à des concentrations cibles variées (de 40 à 90 % de CO2). Cette méthode est efficace pour abattre les animaux, mais des précautions doivent être prises pour éviter les brûlures par le froid des volailles, et limiter la durée d’exposition des individus à des concentrations de CO2 aversives. L’apparition de brouillard lors de la diffusion du gaz constitue, par ailleurs, une entrave significative à l’évaluation des indicateurs de protection animale durant le processus, soulevant des interrogations quant à l’effet réel de cette méthode sur divers paramètres de protection animale.
Injection létale : Cette méthode est principalement employée sur de petits troupeaux, en utilisant du Pentobarbital Sodique ou du T61. Les injections sont réalisées principalement par voie intrapéritonéale ou intrapulmonaire, et rarement par voie intraveineuse ou occipitale. La voie intraveineuse est pourtant recommandée pour son efficacité et l’absence de réponse douloureuse qu’elle provoque. Quel que soit le produit euthanasiant utilisé, la méthode s’avère efficace pour abattre les volailles. L’administration de produits euthanasiants par voie occipitale permet un taux d’abattage horaire plus élevé par opérateur comparé aux autres voies d’administration.
Dislocation cervicale : Cette méthode sert majoritairement à dépeupler les petits troupeaux. La dislocation manuelle est plus fréquemment utilisée que la dislocation mécanique. Les deux techniques sont a priori efficaces pour provoquer une mort rapide des volailles. Les préoccupations en termes de protection animale portent sur la manipulation et l’immobilisation des animaux avant la dislocation, ainsi que sur la formation adéquate des opérateurs pour garantir l’efficacité de la procédure.
Pistolets à tige : Cette méthode semble surtout employée sur de petits troupeaux de dindes et de canards. L’usage du pistolet à tige non perforante avec une tête convexe et alimenté par cartouches est apparemment le plus répandu. Cet outil est rapporté comme étant efficace. Les préoccupations en matière de protection des volailles concernent la manipulation et l’immobilisation des animaux, qui peuvent s’avérer difficiles.
Percussion de la boîte crânienne : Peu d’informations ont pu être collectées au sujet de cette méthode de dépeuplement (1 réponse) – en raison, probablement, de son utilisation limitée aux situations de dernier recours lorsqu’aucune autre méthode n’est disponible.
Electronarcose par bain d’eau : Peu d’informations ont pu être collectées au sujet de cette méthode de dépeuplement (2 réponses). Néanmoins, cette dernière semble être majoritairement utilisée pour l’abattage de troupeaux de petite taille. Les préoccupations en matière de protection des volailles concernent la manipulation des animaux, l’utilisation d’entraves (« crochets ») pour accrocher les individus en position inversée, et le risque important de chocs préalable à l’étourdissement. L’efficacité de la méthode, sur la base des données récoltées, reste incertaine.
Electronarcose tête-corps : Peu d’informations ont pu être collectées au sujet de cette méthode de dépeuplement (2 réponses). Néanmoins, elle semble surtout utilisée comme solution de dernier recours pour dépeupler des dindes lourdes. Deux techniques d’utilisation ont été rapportées : une technique à un cycle (application d’un courant unique) particulièrement efficace ; et une technique à deux cycles (application de deux courants successifs, le premier à la tête et le second à la poitrine) présentant un taux d’échec de mise à mort important.
Etourdissement exclusivement crânien : Peu d’informations ont pu être collectées au sujet de cette méthode de dépeuplement (1 réponse). Le seul répondant a signalé son utilisation exclusivement sur des dindes lourdes, à l’aide d’un système de pinces pour lequel les paramètres électriques n’ont pas été spécifiés.
Décapitation : Aucune information n’a été obtenue au sujet de cette méthode de dépeuplement.
Principales conclusions concernant la hiérarchisation des méthodes
Le classement des méthodes de dépeuplement repose sur leur capacité à minimiser la douleur et le stress des volailles, tout en garantissant une mort rapide. En tête du classement, les pistolets à tige non perforante (1) sont considérés comme la méthode la plus adaptée en raison de leur capacité à induire une mort immédiate avec une manipulation minimale. L’injection létale (2) est également très efficace, mais nécessite des ressources spécifiques souvent limitées en pratique (par exemple, des vétérinaires compétents et formés à l’euthanasie des volailles). La méthode du gaz en bâtiment (3) est idéale pour les grands troupeaux (notamment ceux présentant déjà des symptômes cliniques de grippe aviaire) car elle évite la manipulation des oiseaux et permet d’abattre un volume important d’individus en un temps relativement court. La mise à mort des volailles n’est toutefois pas immédiate et les individus sont exposés à des concentrations aversives de gaz. L’électronarcose tête-corps (4) et l’étourdissement électrique exclusivement crânien suivi d’une méthode de mise à mort (5) viennent ensuite car elles induisent une inconscience rapide des individus mais nécessitent leur contention. La méthode en conteneur avec une exposition graduelle à des concentrations croissantes en gaz (6) permet de dépeupler de grands troupeaux en un temps limité, tout en permettant aux opérateurs d’ajuster l’injection du gaz pour optimiser le processus de dépeuplement. Cette méthode requiert néanmoins de manipuler les individus. Les méthodes manuelles comme la percussion de la boîte crânienne (7) et la dislocation cervicale (8) sont adaptées pour le dépeuplement de petits troupeaux ou comme solutions de secours, mais présentent un risque d’erreurs important et nécessitent une manipulation intensive. Enfin, la méthode en conteneur pré-rempli à une forte concentration en gaz (9) est critiquée pour son risque de blessures et d’étouffement des volailles, et l’électronarcose par bain d’eau (10) est considérée comme une option de dernier recours en raison de son inefficacité et de ses risques de souffrance. La méthode du CO2 partiel en bâtiment n’est pas classée en raison du manque de recul actuel sur la méthode, mais elle semble efficace pour induire la mort rapide des volailles.